20 mois de blog, 500 posts (assez peu finalement). Ma tête est vide, mes doigts sont gourds, je r'encapuchonne mon stylo, l'encre s'est
tarie, je mets la souris sous le tapis.
Je vide les tiroirs, je poste d'un coup les 2/3 bricolos encore dans le tuyau.
J'en ai assez de me creuser les méninges pour une publication quotidienne, de vérifier le nombre de commentaires qu'elles suscitent. De contrôler le nombre de visiteurs, le niveau de mon blog rank, vanitas vanitatum...
L'écriture m'est trop laborieuse, me prends trop de temps et peu à peu je me suis rendu compte du nombre de livres que je n'avais pas lu durant ces 20 mois! Ca m'a manqué, le temps aussi. Charlus en arrive à son temps retrouvé.
Mais j'ai découvert le plaisir de la lecture des autres blogs. Des vrais talents d'écriture, des égos surdimensionnés, des nombrilistes forcenés, des ciseleurs des petits riens de la vie quotidienne, des feuilletonnistes, des impudiques, des amoureux de ce que j'aime, à l'humour délicieux et délirant. Ils savaient, grâce aux petits espions que cachent leurs blogs que, même si je ne laissais pas toujours de commentaire, je passais les lire. Régulièrement. Je continuerai.
Ici et maintenant c'est fini. Mais ailleurs et demain, pourquoi pas. Sous une autre forme.
Merci pour tout ce que vous m'avez apporté ces derniers mois!
A bientôt, mais chez vous!
Salut!
Madame de la Fayette - La Princesse de Clèves
La reine dauphine faisait faire des portraits en petit de toutes les belles personnes de la cour, pour les envoyer à la reine sa mère. Le jour qu'on achevait celui de madame de Clèves, madame la dauphine vint passer l'après-dînée chez elle. Monsieur de Nemours ne manqua pas de s'y trouver ; il ne laissait échapper aucune occasion de voir madame de Clèves, sans laisser paraître néanmoins qu'il les cherchât.
Elle était si belle, ce jour-là, qu'il en serait devenu amoureux quand il ne l'aurait pas été. Il n'osait pourtant avoir les yeux attachés sur elle pendant qu'on la peignait, et il craignait de laisser trop voir le plaisir qu'il avait à la regarder.
Madame la dauphine demanda à monsieur de Clèves un petit portrait qu'il avait de sa femme, pour le voir auprès de celui que l'on achevait ; tout le monde dit son sentiment de l'un et de l'autre, et madame de Clèves ordonna au peintre de raccommoder quelque chose à la coiffure de celui que l'on venait d'apporter. Le peintre, pour lui obéir, ôta le portrait de la boîte où il était, et, après y avoir travaillé, il le remit sur la table.
Il y avait longtemps que monsieur de Nemours souhaitait d'avoir le portrait de madame de Clèves. Lorsqu'il vit celui qui était à monsieur de Clèves, il ne put résister à l'envie de le dérober à un mari qu'il croyait tendrement aimé ; et il pensa que, parmi tant de personnes qui étaient dans ce même lieu, il ne serait pas soupçonné plutôt qu'un autre.
Madame la dauphine était assise sur le lit, et parlait bas à madame de Clèves, qui était debout devant elle. Madame de Clèves aperçut, par un des rideaux qui n'était qu'à demi fermé, monsieur de Nemours, le dos contre la table, qui était au pied du lit, et elle vit que, sans tourner la tête, il prenait adroitement quelque chose sur cette table. Elle n'eut pas de peine à deviner que c'était son portrait, et elle en fut si troublée, que madame la dauphine remarqua qu'elle ne l'écoutait pas, et lui demanda tout haut ce qu'elle regardait. Monsieur de Nemours se tourna à ces paroles ; il rencontra les yeux de madame de Clèves, qui étaient encore attachés sur lui, et il pensa qu'il n'était pas impossible qu'elle eût vu ce qu'il venait de faire.
Madame de Clèves n'était pas peu embarrassée. La raison voulait qu'elle demandât son portrait ; mais en le demandant publiquement, c'était apprendre à tout le monde les sentiments que ce prince avait pour elle, et en le lui demandant en particulier, c'était quasi l'engager à lui parler de sa passion. Enfin elle jugea qu'il valait mieux le lui laisser, et elle fut bien aise de lui accorder une faveur qu'elle lui pouvait faire, sans qu'il sût même qu'elle la lui faisait. Monsieur de Nemours, qui remarquait son embarras, et qui en devinait quasi la cause s'approcha d'elle, et lui dit tout bas :
- Si vous avez vu ce que j'ai osé faire, ayez la bonté, Madame, de me laisser croire que vous l'ignorez, je n'ose vous en demander davantage.
Et il se retira après ces paroles, et n'attendit point sa réponse.
Madame la dauphine sortit pour s'aller promener, suivie de toutes les dames, et monsieur de Nemours alla se renfermer chez lui, ne pouvant soutenir en public la joie d'avoir un portrait de madame de Clèves. Il sentait tout ce que la passion peut faire sentir de plus agréable ; il aimait la plus aimable personne de la cour, il s'en faisait aimer malgré elle, et il voyait dans toutes ses actions cette sorte de trouble et d'embarras que cause l'amour dans l'innocence de la première jeunesse.
Le soir, on chercha ce portrait avec beaucoup de soin ; comme on trouvait la boîte où il devait être, l'on ne soupçonna point qu'il eût été dérobé, et l'on crut qu'il était tombé par hasard. Monsieur de Clèves était affligé de cette perte, et, après qu'on eut encore cherché inutilement, il dit à sa femme, mais d'une manière qui faisait voir qu'il ne le pensait pas, qu'elle avait sans doute quelque amant caché, à qui elle avait donné ce portrait, ou qui l'avait dérobé, et qu'un autre qu'un amant ne se serait pas contenté de la peinture sans la boîte.
Ces paroles, quoique dites en riant, firent une vive impression dans l'esprit de madame de Clèves. Elles lui donnèrent des remords ; elle fit réflexion à la violence de l'inclination qui l'entraînait vers monsieur de Nemours ; elle trouva qu'elle n'était plus maîtresse de ses paroles et de son visage ; elle pensa que Lignerolles était revenu ; qu'elle ne craignait plus l'affaire d'Angleterre ; qu'elle n'avait plus de soupçons sur madame la dauphine ; qu'enfin il n'y avait plus rien qui la pût défendre, et qu'il n'y avait de sûreté pour elle qu'en s'éloignant. Mais comme elle n'était pas maîtresse de s'éloigner, elle se trouvait dans une grande extrémité et prête à tomber dans ce qui lui paraissait le plus grand des malheurs, qui était de laisser voir à monsieur de Nemours l'inclination qu'elle avait pour lui. Elle se souvenait de tout ce que madame de Chartres lui avait dit en mourant, et des conseils qu'elle lui avait donnés de prendre toutes sortes de partis, quelque difficiles qu'ils pussent être, plutôt que de s'embarquer dans une galanterie. Ce que monsieur de Clèves lui avait dit sur la sincérité, en parlant de madame de Tournon, lui revint dans l'esprit ; il lui sembla qu'elle lui devait avouer l'inclination qu'elle avait pour monsieur de Nemours. Cette pensée l'occupa longtemps ; ensuite elle fut étonnée de l'avoir eue, elle y trouva de la folie, et retomba dans l'embarras de ne savoir quel parti prendre.
Frederic Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra (extrait du prologue) - Lu par Michael Lonsdale.
J’aime tous ceux qui sont comme de lourdes gouttes qui tombent une à une du sombre nuage suspendu sur les hommes : elles annoncent l’éclair qui vient, et disparaissent en visionnaires.
Voici, je suis un visionnaire de la foudre, une lourde goutte qui tombe de la nue : mais cette foudre s’appelle le Surhumain.
Quand Zarathoustra eut dit ces mots, il considéra de nouveau le peuple et se tut, puis il dit à son cœur : « Les voilà qui se mettent à rire ; ils ne comprennent point, je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.
Faut-il d’abord leur briser les oreilles, afin qu’ils apprennent à entendre avec les yeux ? Faut-il faire du tapage comme les cymbales et les prédicateurs de carême ? Ou n’ont-ils foi que dans les bègues ?
Ils ont quelque chose dont ils sont fiers. Comment nomment-ils donc ce dont ils sont fiers ? Ils le nomment civilisation, c’est ce qui les distingue des chevriers.
C’est pourquoi ils n’aiment pas, quand on parle d’eux, entendre le mot de « mépris ». Je parlerai donc à leur fierté.
Je vais donc leur parler de ce qu’il y a de plus méprisable : je veux dire le dernier homme. »
Et ainsi Zarathoustra se mit à parler au peuple :
Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance.
Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne jettera plus par-dessus les hommes la flèche de son désir, où les cordes de son arc ne sauront plus vibrer !
Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. Je vous le dis : vous portez en vous un chaos.
Malheur ! Les temps sont proches où l’homme ne mettra plus d’étoile au monde. Malheur ! Les temps sont proches du plus méprisable des hommes, qui ne sait plus se mépriser lui-même.
Voici ! Je vous montre le dernier homme.
« Amour ? Création ? Désir ? Etoile ? Qu’est cela ? » — Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l’œil.
La terre sera alors devenue plus petite, et sur elle sautillera le dernier homme, qui rapetisse tout. Sa race est indestructible comme celle du puceron ; le dernier homme vit le plus longtemps.
« Nous avons inventé le bonheur, » — disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.
Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l’on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur.
Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s’avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes !
Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement.
On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l’on veille à ce que la distraction ne débilite point.
On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles.
Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d’autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous.
« Autrefois tout le monde était fou, » — disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l’œil.
On est prudent et l’on sait tout ce qui est arrivé : c’est ainsi que l’on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt — car on ne veut pas se gâter l’estomac.
On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé.
« Nous avons inventé le bonheur, » — disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil. —
Ici finit le premier discours de Zarathoustra, celui que l’on appelle aussi « le prologue » : car en cet endroit il fut interrompu par les cris et la joie de la foule. « Donne-nous ce dernier homme, ô Zarathoustra, — s’écriaient-ils — rends-nous semblables à ces derniers hommes ! Nous te tiendrons quitte du Surhumain ! » Et tout le peuple jubilait et claquait de la langue. Zarathoustra cependant devint triste et dit à son cœur :
« Ils ne me comprennent pas : je ne suis pas la bouche qu’il faut à ces oreilles.
Trop longtemps sans doute j’ai vécu dans les montagnes, j’ai trop écouté les ruisseaux et les arbres : je leur parle maintenant comme à des chevriers.
Placide est mon âme et lumineuse comme la montagne au matin. Mais ils me tiennent pour un cœur froid et pour un bouffon aux railleries sinistres.
Et les voilà qui me regardent et qui rient : et tandis qu’ils rient ils me haïssent encore. Il y a de la glace dans leur rire. »
Les années ont passé. Je suis toujours là. Je suis un peu moins jeune, un peu moins fraiche, un peu moins belle, mais toujours blonde. Dans ce putain de pays y avait trois hommes pour une femme. On connaissait pas le chômage. J'ai fait mon sale boulot comme un bon petit soldat. C'était le seul moyen d'éviter les coups. Jesus avait la main lourde. Surtout la main avec la bague. Mais il s'est calmé assez vite avec moi. Il s'est rendu compte que j'étais la fille la plus recherchée de son bordel. Lulu la française, Lulu la parisienne. Les français me voulaient pour parler du pays. Les autres avaient l'impression de serrer dans leurs bras la Belle Otéro ou Sarah Bernhardt et ils prenaient mon eau de cologne à deux pesos pour un parfum de Worth ou de Poiret.
Bien entendu je n'ai jamais revu Marcel. Qu'il crève! C'est d'ailleurs ce qu'il a fini par faire. On m'a dit un jour qu'on l'avait retrouvé mort égorgé le nez dans un rio à sec où il n'y avait ni plata, ni oro. Et en plus à moitié dévoré par des chacaux, heu...des chacals? Bref des animaux sauvages. Ca lui apprendra à avoir des affinités pas convenables.
Parfois entre deux passes je me posais à une table dans le bar. Le soir il y avait un petit orchestre. Oh c'était pas grand chose. Un accordéoniste, un violoniste et parfois un pianiste; Mais quand ils jouaient leurs milongas, les hommes se taisaient et on voyait passer dans leurs yeux la nostalgie d'un pays lointain qu'ils savaient ne jamais revoir. ''La vida es una milonga'' la vie est un mensonge, une tromperie. C'est bien vrai ça.
Fallait les voir ces portaneros, ces hommes du port, attablés devant leur cerveza. Il y en avait de toutes les sortes, de tous les âges. De ces gamins de vingt ans beaux comme des dieux avec leur gilet noir sur une chemise blanche largement ouverte sur leur poitrine à ces hommes au visage buriné par le soleil, le vent et le sel de la mer. Ils étaient beaux aussi dans leurs vêtements fatigués, foulard autour du cou et casquette sur la tête. Leurs mains étaient propres mais calleuses et leurs ongles noircis à jamais par la suie, la graisse, le charbon, la poussière. Je sentais leur regard glisser sur moi. Je laissais faire et je leur souriais. Je savais que la bière et cet endroit étaient leur seule évasion.
Et puis quand le petit orchestre attaquait un air de tango, ils se levaient par deux et
dansaient. Entre eux. Une fois dans les bras l'un de l'autre commençait une incroyable parade qu'on aurait dite amoureuse. Les bras tenaient serrés les corps, les yeux ne se croisaient pas mais
les joues, les lèvres se frôlaient, les ventres étaient collés l'un à l'autre, les jambes se mêlaient dans une chorégraphie qui semblait être des ébats amoureux. Et j'en ai vu plus d'un vaciller
d'un désir inassouvi dans les bras de son partenaire. J'ai souvent eu envie d'être un homme pour ressentir la force de ce désir qu'un homme peut éprouver pour un autre homme.
On dit, je sais, que cachés au fond de certaines ruelles du port, il y a des bordels masculins. Mais personne n'en parle. Personne n'accepterait d'être traité de ''maricòn''...
Le pianiste avait remarqué que j'avais une voix rauque ravinée par le tabac et le mauvais alcool. 'Tu as une voix à chanter le tango''me dit-il. Jesus s'était aperçu que j'avais vieilli en même temps que lui et que le meilleur de ma vie de pute était derrière moi. Mais on aimait bien Lulu la française. Alors Jesus a laissé faire. C'est comme ça que je suis devenue une des premières femmes chanteuse de tango. Le tango était jusque là un univers quasiment exclusivement masculin Fallait être une pute pour vouloir s'y mêler. C'était bien avant qu'il devienne une danse de salon, de salons de thé, de thés dansants. Et puis j'aimais bien ce que racontaient ces chansons. La chienne de vie, les amours impossibles et selon les cas la lâcheté des hommes ou la mauvaiseté des femmes. C'était du vécu pour moi. Et même si je gagnais pas plus, j'avais un statut. Si on m'avait demandé :''Tu fais quoi dans la vie'' ,j'aurais pu répondre ''Chanteuse''! Les hommes me regardaient toujours , mais en plus ils m'écoutaient et m'applaudissaient. Certains même m'offraient un verre sans avoir derrière la tête l'idée de me sauter immédiatement après.
Un soir un homme est entré dans le bar pendant que je chantais. Il était grand, très élégant, costume gris , cape noire sur les épaules et un grand feutre sur la tête. Et tout le monde de se lever: Monsieur Carlos par-ci, monsieur Carlos par là... Moi aussi je l'avais reconnu. Comment ne pas savoir qui il était. C'était une légende, un dieu vivant. Il est venu me voir après ma dernière chanson. ''C'est bien ce que tu fais, tu sais? Tu es française? D'où? De Paris. Moi je suis de Toulouse. Je suis arrivé ici j'avais quatre ans. Tout gamin j'étais très libre et je courrais à droite, à gauche. A dix ans j'ai fait copain avec une pute. C'était comme ma grande soeur. Dès que je pouvais j'allais la voir dans son bordel. J'y ai passé des jours et des jours. A quinze ans, elle m'a déniaisé. C'est des habitudes et des goûts qu'on perd pas comme ça.'' Il m'a embrassée en partant, m'a dit bonne chance et m'a laissé un billet de 1000 pesos. Une fortune pour moi. Le dernier que j'avais vu c'était celui que m'avait piqué Marcel (qu'il crève!) le jour où il m'avait plaquée.
Je pense souvent à Musetta. Je me demande ce qu'elle est devenue. Des fois c'est moi qui l'envie avec son mari et ses deux gamins. Je lui avais dit que j'allais faire de l'élevage de cheval. Je m'étais pas trompée. Je suis bien dans un haras! Sauf que c'est moi qui fait la pouliche.
Hier soir je suis allé au cinéma. Ils passaient un film français. Pépé le Moko. A un moment y a une grosse femme, je sais pas son nom, qui chante une chanson. Et là j'ai chialé comme une gosse. Cette chanson c'était ma vie.
La vida es una milonga, una milonga triste, una milonga de mierda!
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